Article de La Voix du Nord
Philippe Bernard, Frédéric Butez et Sylvie Langlois, jugés mardi et ce mercredi (notre édition de mercredi), ont-ils escamoté plus d’un million d’euros d’argent public ?
Le substitut du procureur, Frédéric Nahon en est convaincu. Et le magistrat de dénoncer un système.
À l’occasion de sept élections (pour 47 candidats) et un référendum entre 2004 et 2007, ces ex-responsables de la fédération du Nord du Front national ont, dit-il, grugé l’État.
Méthodes :
dépenser le moins possible, gonfler avec de fausses factures les comptes de campagne (signés en blanc et donc en aveugle par les candidats) et empocher la différence.
D’où, mercredi, des réquisitions très sévères : cinq ans de prison, dont trois avec sursis et mise à l’épreuve, contre Philippe Bernard, ex-patron du Front National pour le Nord. Quatre ans de prison, dont la moitié en SME, ont été réclamés à l’égard de Sylvie Langlois, pour trois, dont deux SME, contre Frédéric Butez. Quant à Guy Cannie, ancien trésorier au FN et futur candidat aux élections municipales à venir à Douai, deux ans avec sursis. Toutes ces sanctions devant être assorties de peines d’inéligibilité.
De quoi faire bondir la défense.
Défenseur du couple Butez-Langlois, Maxime Moulin rejette l’idée du préjudice à un million. « Dans ce cas, pas de tract, pas d’affiche, pas de bulletin de vote, et, pourquoi pas, pas de candidat », ironise l’avocat.
« Faut-il poursuivre la personne imprudente ? », rebondit Éric Cattelin-Denu, conseil d’un Guy Cannie campé en bon petit soldat soumis à Bernard. Cannie lancera au tribunal : « Je n’ai pas mis un euro dans ma poche ».
Mission beaucoup plus ardue, en revanche, pour Cathy Richard, défenseur de Philippe Bernard, lui-même présenté comme tête pensante. « Ce dossier, c’est huit ans d’enquête et, à la fin, des petits ruisseaux », assure l’avocate pour qui « Philippe Bernard n’est pas obsédé par l’argent ». Cathy Richard préfère décrire un hyperactif de la politique désintéressé. « Les candidats et leurs mandataires financiers étaient heureux de le voir se dépatouiller dans l’usine à gaz des comptes de campagne », poursuit la défenseure.
Le Front national est partie civile dans cette affaire.
Éric Portejoie, dont la plainte en 2005 a lancé l’affaire, a laissé son avocat Emmanuel Riglaire le représenter, restant à l’extérieur de la salle d’audience.
Décision dans quelques semaines.....